Contraste

A Djibouti, ce mot est très significatif dans la mesure où son sens est omniprésent dans le comportement et la façon de vivre de la population. Mais enfin que nous dit le dictionnaire sur ce mot ? Définition : Opposition entre deux choses dont l’un fait mieux ressortir l’autre.

Alors comment me direz-vous ? C’est tout simple, aujourd’hui prenons le cas de l’habitat.
Les Djiboutiens ont tendance à vivre soit dans un quartier soit dans une cité. Commençons notre analyse par La population, ensuite le bruit, les petits commerces et enfin le voisinage.

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La population
Elle est plus nombreuses dans les quartiers ce qui se traduit par un nombre excessif d’habitants par maison. Dans les cités, il arrive que l’on trouve une maison de cinq pièces occupée par deux personnes, alors que dans les quartiers c’est l’inverse c’est deux pièces occupées par cinq personnes chacune. Et là, je reste dans l’approximatif.

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Le bruit
Dans les cités, on a l’impression d’être à cinq heures du matin en plein milieu de la journée. Dans les quartiers, il est midi à tout heure de la journée. Si vous n’êtes pas réveillé par le bruit incessant des véhicules (de tous genres en passant du poids lourds aux semi-remorques) qui passent sous la fenêtre de votre chambre alors les discussions animées des voisines s’en chargeront et si cela ne suffit pas une bagarre peut éclater sans crier gare. Ce qui fait que votre espace vitale, d’ailleurs c’est une notion quasiment inconnue, est constamment enfreint.

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Les commerces de rue
Par cette expression je désigne le secteur informel, les vendeurs ambulants par exemple. On en trouve rarement dans les cités, s’ils veulent un tailleur déplacement en ville. Ces dernières années, ils (les habitants des cités je veux dire) ont même évolué et on peut trouver facilement une épicerie au coin de la rue mais pour le reste faudra attendre. Dans les quartiers c’est l’embarras du choix, et la cerise sur le gâteau c’est que les magasins s’ouvrent au gré de la demande et sous ta fenêtre. On commence très tôt le matin par le boulanger et la crêpière (là il ne s’agit pas d’une poêle mais d’une dame qui vend des crêpes), vers dix heures ils sont remplacés par le tailleur et le cordonnier, à midi c’est le tour du restaurant ambulant, à quatre heures le tailleur et le cordonnier reprennent du service mais ils sont accompagnés par les vendeuses du goûter à partir de dix huit heures on cède la place au restaurant du soir et la formule magique c’est qu’il y a un restaurant par menu.

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Le voisinage
Le nombre d’habitants est certes très élevé dans les quartiers populaires, mais le paradoxe réside dans le fait que tout le monde se connaît. Si vous recherchez quelqu’un pas besoin d’adresse, demandez à un passant seulement si lui ne connaît pas cette personne alors il vous redirigera vers un service de renseignement ambulant. Et ce service est tellement performant qu’il peut vous fournir des renseignements dont vous vous seriez bien passé. Quand on ne connaît pas quelqu’un dans un quartier on lui invente un CV. Pour ce qui est des cités à moins d’avoir l’adresse exacte il vous faudra du temps pour retrouver la personne recherchée.

 

Les personnages dans le bus

 

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Comme dans tout bon roman, il y a des personnages, les personnages principaux, les personnages secondaires. Ceux-ci font avancer l’histoire et donnent corps à l’intrigue

Dans un bus c’est à peu près la même chose, le personnage principal et sans nul doute le plus intéressant c’est le ramasseur de sous « crishboy » comme on l’appelle ici est debout à  la portière du bus. Pourquoi cela me direz-vous? Par pratique, cela lui permet de scruter la rue afin d’apercevoir d’éventuels passagers, de prendre l’argent de ceux qui descendent, mais également de placer les passagers. En effet, il arrive qu’il demande aux jeunes de céder la place à une personne malade ou âgée. Il est très intéressant car c’est de lui dont tout dépend, il donne l’ordre au chauffeur de ne pas s’arrêter à tel endroit, de ne pas prendre tel passager,  de choisir le morceau qui passe à la radio, de griller tel feu si l’envie lui en prend, de choisir l’itinéraire qu’il veut. Comme il est le caissier de la « boîte » c’est sur lui que vont tomber les remontrances à la fin de la soirée  si celles-ci ne sont pas pleines. Et puis c’est un métier pénible, très mal vu par la société, et bizarrement les places sont rares et il arrive qu’on s’arrache les meilleurs éléments. Donc, son comportement et sa méthode de travail décideront pour lui s’il restera ou non sur le marché du travail.

Ensuite vient son acolyte le chauffeur, il est au volant comme son nom l’indique. A part conduire son boulot consiste à vérifier dans le rétroviseur si le passager monté est bien assis ou si le passager descendu est bien à terre pour pouvoir redémarrer. Quand la recette est peu trop lourde pour les poches du ramasseur de sous, c’est à lui que reviens la tache de garder l’argent généralement près de son siège afin de faire la monnaie en cas de besoin.

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Le suivant sur la liste est facultatif dans la mesure ou on ne le voit que dans certains bus, il arrive qu’il soit assis à droite du chauffeur. Il ne fait rien  de spécial. Il arrive qu’il fasse le même travail de repérage que le ramasseur de sous et d’ailleurs c’est pour cela qu’on l’appelle « radar ». Il peut éventuellement en cas de bagarre avec un passager venir en aide au « crishboy » étant donné que celui-ci  à cause de la somme d’argent en sa possession ne peut se battre avec quiconque.

Le tout dernier personnage ce sont les passagers, ils sont différents à chaque tournée. Ils sont très jeunes le matin et à midi donc ils réclament de la musique moderne, une vitesse un peu élevé et ne rechignent pas à se serrer les  uns contre les autres, mais ils ont un tarif spécial. Ils sont d’un certain âge à d’autres heures de la journée, n’aiment ni la musique trop forte ni la vitesse et peuvent être grincheux quand ils le veulent, ils aiment être écouter raconter l’histoire du pays (c’est leur spécialité car il y a personne pour les contredire).

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Tout ce petit monde se regarde, s’admire et se juge de façon impitoyable. Ils leur manquent juste un micro pour amplifier le son.

Traditions

Dans un passé pas très lointoin et jusqu’à aujourd’hui encore en Afrique de l’est, les hommes d’un certain âge se distinguaient par le port d’un chapeau et d’une canne. Ce n’était pas n’importe lequel mais une kofia brodée comme celle portée aux Comores. Feu l’ancien président la portait tout le temps cela lui donnait (à mon humble avis) beaucoup de charme.

chapeau

Pour ce qui est de la canne, il faut être très âgé et la porter pour son utilité et ainsi donc fluidifier sa marche ou la porter pour le . Dans ce cas de figure c’est « une canne de marque » qu »il vous faut; une canne faite avec du bois de qualité et sculptée. Vous pourrez ainsi l’exhiber avec fierté.

canne

Ces deux signes sont en voie de disparition c’est le pourquoi de l’objet de mon article. Une autre raison aussi m’a poussé à l’écrire je n’ai pas eu la chance de voir mon père les porter car il est parti jeune (48ans) c’est l »occasion de dire à tous ceux qui ont cette fabuleuse opportunité de profiter de leurs parents et de tous ceux qu’on aime en général tant qu’ils sont encore là.

La langue

La langue est singulière à chaque être humain. Singulière c’est-à-dire propre à un peuple, spécifique a une région, ou tout simplement authentique à une personne donnée.

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Le nomade est vêtu de sa langue. Il la porte comme une armure. Il la glorifie, l’honore, la respecte en la perpétuant.

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J’ai hérité de cet amour pour les mots. Lancés comme des flèches. Entourés de sens que le vent emporte au gré de ses mouvements. On m’a chanté les louanges du verbe et la force de la diatribe.

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J’ai longtemps gardé ce sentiment, caché même. Pour me conformer à la citadine que je suis devenue à cause de mon éducation. Je pense que c’était plus un formatage qu’une éducation. Car tout ce qui faisait mon identité a été gommé. En sous-entendant que pour être éduqué il faut un autre état d’esprit. Je ne regrette rien. Pour la simple raison que tant tu as ta langue au sens propre ou figuré tu ne risques pas de te perdre.

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L’enfant du desert

L’enfant du désert

Je suis née sur la dune et pour moi la pluie est source de bonheur. Je ne connais que la chaleur et la soif. L’ endurance est mon armure. Je me bats contre les éléments de la nature car j’en suis le cinquième.

Mon animal est le dromadaire. Je ne l’ai pas choisi, on s’est trouve. Lui m’a reconnu en me voyant et moi je l’ai rêvé avant de le rencontrer. S’en est suivi une histoire d’amour éternelle comme le sable fin qui nous a uni. Je partage sa ténacité, il m’envie ma solitude. Je lui chante mon bonheur, il me murmure son contentement.

Je vis la vie que mon destin m’a octroyé. Je suis les pas de mes aïeuls. Je n’offense ni la terre ni les créatures qui y vivent car je leur doit du respect. Je voue gratitude a mes ancêtres de cette sagesse. Cet héritage m’est aussi chère que l’air que je respire. Je veux le léguer a mes enfants pour qu’ils n’oublient jamais d’ou ils viennent. Enfant du sable, enfant du désert.